Il y a quelques jours, se déroulait le Camp d’Évaluation de la Ligue Canadienne de Football. Une opportunité en or pour une cinquantaine de footballeurs canadiens de faire leurs preuves auprès des dirigeants de la LCF. J’étais un de ces joueurs invités lors de l’édition 2010 du camp. L’expérience fut très enrichissante, toutefois mon nom ne fut pas appelé lors du repêchage de la même année. Mon rêve professionnel semblait s’éteindre. Je suis donc retourné avec les Redmen de l’Université McGill pour compléter mon stage universitaire.
Diplôme en poche et admissibilité universitaire échue, j’ai décidé d’explorer une autre opportunité professionnelle au football : celle de l’Europe. Quelques uns de mes anciens coéquipiers Redmen, Erik Galas (Rec) et Matt Connell (QB) avaient évolué en Europe lors des années précédentes. Le premier en 2e division allemande, et le second avec Cannes, jadis de la 1ere division française.
Je me suis donc créé un profil sur le site web europlayers.com, où la majorité des équipes européennes et des joueurs nord-américains ont l’opportunité d’entrer en contact. Un des plus gros obstacles pour moi fut toutefois ma nationalité ainsi que ma position (receveur de passe). Les dirigeants européens recherchent majoritairement des quarts-arrières, porteurs de ballons, joueurs de ligne, ainsi que secondeurs. Ils priorisent souvent les joueurs américains ayant de l’expérience NCAA ou chez les professionnels et lorsqu’ils décident d’embaucher des receveurs de passes, c’est habituellement chez nos voisins du Sud.
J’ai donc reçu très peu d’offres officielles jusqu’à ce que j’entre en contact avec les Centaures de Grenoble, qui venaient d’être promus en 1ere division française. L’équipe venait tout juste d’embaucher mon ancien coéquipier Redmen, Anthony Lucka, pour évoluer aux postes de maraudeurs et de porteur de ballon (les équipes européennes tentent régulièrement de signer des joueurs pouvant évoluer des deux cotés du ballon). L’équipe était à la recherche d’un quart-arrière qui allait occuper le poste de coordonnateur à l’attaque. J’avais très peu d’expérience comme quart-arrière; seulement quelques saisons au secondaire à l’Académie les Estacades. Les Centaures ont pris un risque en décidant de me faire confiance. Quelques semaines plus tard j’atterrissais à Paris. C’était le début d’un séjour de 6 mois, qui allait nous réserver plusieurs surprises et moments inoubliables.
J’avais à affronter deux nouveaux défis: bâtir et implanter un système offensif et mener une offensive de la position de quart-arrière. Les pratiques prenaient place le lundi et jeudi soir et la saison, étalée sur près de 5 mois, comprenait 10 rencontres de saison régulière. Il faut comprendre que l’équipe ne comptait sur aucun réel entraîneur (comparativement à la plupart des autres équipes de la ligue qui avaient embauché un ou deux entraineurs nord-américains en plus de quelques Français).
Nous avions seulement 3 joueurs-entraîneurs qui supervisaient certaines positions. La situation était relativement différente à celle du Québec. L’adaptation fut intéressante, tant au niveau culturelle que footballistique. Nous avons d’ailleurs eu besoin de plusieurs semaines pour s’habituer à ne pas utiliser le terme “verge”. En effet, je me suis fais ridiculiser à de nombreuses occasions dans le caucus en rappelant qu’il ne restait seulement 2 verges à franchir. Les Français utilisent seulement “yards” (prononcé avec un fort accent français), le terme verge étant utilisé pour décrire l’organe reproducteur masculin.
Un des éléments qui m’a agréablement surpris a été la passion des joueurs locaux. C’est d’ailleurs grâce à cet enthousiasme que nous avons réussi à accomplir quelque chose qui ne s’était jamais produit en plus de 25 années de football américain en France. En effet, les Centaures de Grenoble ont été la première équipe à atteindre la finale de 1ere division à sa toute première année. Cette finale, disputée au stade Charléty de Paris devant plus de 8000 personnes, nous opposait à la puissance française, le Flash de la Courneuve (banlieue de Paris). Pour vous donner une idée, le Flash a atteint la finale élite française 11 fois lors des 12 dernières années, remportant la victoire à 9 occasions. Le budget annuel des Centaures d’environ 80 000 Euros faisait bien piètre figure en comparaison au million d’euros du Flash (ça vous rappelle une réalité québécoise?).
Leur QB avait d’ailleurs remporté le Sun Bowl dans la NCAA alors qu’il patrouillait l’attaque des Beavers de Oregon State. Nous nous sommes finalement inclinés en finale. Ce fut tout de même un parcours exceptionnel. Il faut comprendre qu’avant la saison les joueurs de notre équipe avaient organisé un “pool” en prévision du classement final et la majorité d’entre eux nous avaient placé dernier. Lors des premières rencontres, il n’était pas rare d’entendre certains de nos joueurs dire dans le réchauffement que nous n’avions aucune chance de rivaliser. De plus, notre foule locale comptait habituellement 200 personnes en saison régulière.
Malgré tout, nous avons complété la saison régulière au 2e rang. Une des demi-finales a donc eu lieu à Grenoble. La ville s’est mobilisée pour ce match, et près de 5000 personnes étaient présentes pour nous voir mériter notre ticket vers la finale. Somme toute, nous avons été comblé par notre expérience football chez les Centaures.
Ce qui a rendu ce séjour d’autant plus agréable, a été notre qualité de vie. Nous étions logés dans une maison située dans les Alpes, à plus de 500 mètres au dessus de Grenoble. Un restaurant nous accueillait chaque jour pour les repas et l’équipe nous fournissait assurance, voiture et cellulaire. Nous recevions un bon salaire, sans toutefois avoir de réelles dépenses.
L’horaire nous le permettant, nous avons été en mesure de voyager énormément. Nous avons visité Turin, Milan, Rome, Genève, Milan, Interlaken, Paris, Nice, Cannes, Monaco, Barcelone, Amsterdam, Dublin et j’en passe. Nous avons également eu l’opportunité de skier à plus de 3500 mètre sur une base régulière, puisque la ville était entourée des plus hauts sommets skiables des Alpes.
Nous avons donc connu du succès sur le terrain, avons développé des liens incroyables et avons visité certaines des plus belles villes en Europe. Ce fut sans aucun doute 6 des plus incroyables mois de ma vie. Je n’aurais pu demander mieux comme fin de carrière, le tout grâce aux Centaures.





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